Je ne connais pas de Chef d’entreprise qui ne fasse pas l’amer constat du changement profond que les 35h ont suscité dans la relation des salariés avec leur entreprise et plus généralement avec le travail. Et il faut bien reconnaître aujourd’hui que le mal est profond, qu’il a gagné les cadres moyens et qu’il s’apprête probablement à gangrener les cadres supérieurs et même les patrons, lassés d’errer tous seuls dans des couloirs déserts. Il suffit de circuler en ville le vendredi après-midi pour constater la traduction de cette situation dans un allègement substantiel des encombrements urbains. Même les professions libérales ont été gagnées par le mal puisque les médecins réclament désormais repos compensateurs et indemnités pour leurs gardes. Qui donc veut encore travailler dans ce pays ?
Le paradoxe, c’est que cette génération du temps libre et des RTT, ne semble pas avoir gagné en joie de vivre ce qu’elle a abandonné en temps de travail. Elle est triste et inquiète, comme si consciente des dommages que cette situation impose à l’économie du pays elle craignait pour son avenir sans toutefois oser regarder les choses en face et en tirer les leçons. Elle a au contraire très vite intégré la métrologie du temps au travail comme une donnée comptable, et consomme une part non négligeable de celui-ci à en gérer toute la complexité : congés et RTT nourrissent les conversations de bureau ou d’usine et en constituent l’essentiel désormais. Faites l’expérience, tendez l’oreille vers la conversation entre deux collègues salariés dans un lieu public, il y a de très fortes chances qu’elle tourne autour de ce sujet et traite des subtilités de gestion de leur planning à venir.
Le sujet est donc brûlant, au point d’ailleurs que personne aujourd’hui ni parmi les politiques ni parmi les patrons de groupes importants ne se soit réellement déclaré en faveur d’un retour brutal à la case départ, d’un « fast-rewind » en quelque sorte, qui devrait constituer pourtant un préambule à la reconstruction de notre Code du Travail. Chacun se repasse donc la patate chaude sous l’œil menaçant de nos archaïques syndicats qui gardent bien fermé le couvercle de cette soupières dont ils n’avaient jamais osé rêver qu’elle leur soit un jour servie par des cuisiniers irresponsables.
On en mesure les conséquences aujourd’hui.
Mais puisque notre Premier Ministre nous dit que l’on a pas tout essayé, ce qui est vrai d’ailleurs et particulièrement les recettes qui marchent dans les pays sauvages tenants du « libéralisme anglo-saxon », l’heure est donc à des propositions originales mais néanmoins respectueuses du modèle français. (modèle au sens de construction mathématique qui permet d’expliquer rationnellement le fonctionnement des choses sans prétendre néanmoins à le reproduire : on peut modéliser une pandémie par exemple, ou la paresse…)
Je propose donc ceci :
1. Le suffrage universel s’impose dans l’entreprise à toute autre forme de représentation de l’avis des salariés, si telle est la volonté du chef d’entreprise ou d’un tiers des salariés s’exprimant de manière formelle. Il est obligatoire lorsque les entreprises ne disposent pas d’instances représentatives officielles (- de 50salariés ) ou que les dirigeants de l’entreprise souhaitent soumettre à consultation générale un décision qui relève de ces instances, leur consultation préalable étant néanmoins obligatoire.
2. Le terme « emploi précaire » est assimilé à une injure raciste ou homophobe et est donc réprimé comme tel.
3. Les CDD sont remplacés par des CTR, Contrat de Travail Reconductible. Ces contrats établis pour une durée de 6 mois ou d’un an sont reconductibles par tacite reconduction et dénonçables avant leur échéance avec un préavis de 3 ou de 6 mois.
4. Les entreprises qui le désirent soumettent par référendum à leurs salariés l’alternative suivante :
· Soit une durée du travail maintenue à 35H avec son cortège d’avantages divers, de RTT et de congés. En contrepartie l’entreprise a le pouvoir d’ajuster son effectif très rapidement par le biais de CTR à ses besoins réels sans avoir à en justifier. Une ancienneté de 5 ans transforme automatiquement les CTR en CDI.
· Soit une durée de travail étendue à 40h avec maintien du régime actuel des CDI, les CTR étant calqués sur les CDD actuels
5. Les entreprises de moins de 10 salariés peuvent ne proposer que des CTR
Je suis persuadé que ces mesures très simples seraient immédiatement efficaces et permettraient à de très nombreuses PME de profiter des risées que le petit temps place sur leur route entre deux nuages. Quant aux salariés, ils auraient à se prononcer en conscience, et à choisir entre une hypothétique sécurité de l’emploi et un emploi véritablement partagé lorsque c’est possible.
Il est en effet parfaitement compréhensible par chacun, même s’il se déclare fermement opposé à la mondialisation, au libéralisme, à la flexibilité, à la précarité, aux anglo-saxons et aux plombiers polonais, et sauf s’il est fonctionnaire, permanent rétribué par un syndicat ou professionnel de la politique en mal de réélection, qu’on ne peut avoir à la fois : moins de travail dans un pays ou il est toujours plus cher, en exigeant néanmoins plus de garanties pour un emploi toujours mieux rétribué mais avec des durées toujours plus courtes, le tout avec des actifs toujours moins nombreux à financer les retraites d’inactifs toujours plus vieux et les indemnités d’une armée de chômeurs. (relire lentement)
Le voilà bien ce modèle Français. C’est bien lui. Il est connu depuis bien longtemps. On l’appelait autrefois la quadrature du cercle.
Et nous nous y sommes tous tellement attachés et avec des chaînes si lourdes, qu’à défaut d’en démontrer l’efficience, il nous suffit désormais de le brandir comme un étendard tristement pendant sur les ruines de notre économie et de nos rêves d’ Europe.
Alors donnons nous une chance d’en finir avec nos remèdes d’apprentis sorciers. Le travail ne se décrète pas avec des lois. Il n’est ni une ressource à exploiter ni un composant industriel ni une punition. Il est tout simplement la vie.
Aston, tu devrais écrire plus souvent ce genre de truc. On se demande d'ailleurs pourquoi toutes ces idées si simples et si évidentes ne sont pas tout simplement mises en oeuvre.Nos dirigeants sont-ils autistes ?
Rédigé par : Dubrik | 03 octobre 2005 à 20:03
Bon, je vais faire tout ça depuis mon bureau actuel à Montreuil, mais ca le fait quand même!
Rédigé par : coach shoes | 17 novembre 2010 à 03:19