La crise économique dans laquelle nous nous enfonçons est bien entendu l’occasion d’une remise en question des pratiques en vigueur et des dérives qui ont été constatées tout particulièrement en matière de rémunérations des hauts responsables salariés des grands groupes notamment financiers. La moyenne des rémunérations des patrons du Cac 40 s’est établie en brut en 2007 à 2,5 M€/an et toutes primes est bonus compris, à peu près au double de ces montants. Ce qui n’est pas mal mais, ajoutent les intéressés, néanmoins très inférieur aux rémunérations pratiquées ailleurs etc…La première idée qui vient à l’esprit dans un pays comme la France est d’intervenir par la loi pour moraliser le système soit-disant incapable de se modérer tout seul. Et de citer l’exemple des américains, déclarés cette fois vertueux et qui ont limité à 500000$ la rémunération des patrons des banques US en faillite qui ont eu recours à l’ Oncle Sam pour se renflouer. Ce que l’on oublie cependant d’ ajouter, c’est que à cette rémunération très modique en effet, viennent s’ajouter de confortables distributions d’actions gratuites qui permettront, sans nul doute aux intéressés de récupérer de belles plus-values, s’ils parviennent à se désembourber. Rien de bien nouveau donc, sinon une présentation en effet plus morale d’un système dont la compréhension échappe en général à la majorité de ceux qui sont amenés à en juger.
La vraie question, une fois de plus posée et celle des effets collatéraux d’un interventionnisme étatique supposé corriger les excès d’un capitalisme débridé. Le premier constat que l’on peut faire à se sujet est que le capitalisme s’est une fois de plus corrigé tout seul. Certes au prix d’une grosse casse, mais pouvait-il en être autrement ? La crise n’ est-elle pas en effet une sanction auto-infligée par le système aux excès de ceux qui ont cru pouvoir faire monter les arbres jusqu’ au ciel ? S’agissant des hautes rémunérations, il est très intéressant de constater que les effets d’une législation favorisant plus de transparence afin de « moraliser » davantage cet épineux sujet, ont été diamétralement opposés à l’objectif recherché. Le législateur espérait en effet qu’ en se trouvant obligés de publier leurs rémunérations avec leurs comptes annuels, les dirigeants des groupes cotés se trouveraient engagés dans un cercle vertueux où la pudeur et un minimum de sens de leurs responsabilités les amèneraient à se modérer eux-mêmes. Et c’est tout le contraire qui s’est produit. Et comment pourrait-il en être autrement dans un monde où la règle du jeu est la compétition et où l’argent n’est pas tant un indice de satisfaction personnelle qu’ une unité de mesure, un système de classement. Si vous êtes sorti dans la botte de l’ ENA, de l’ X en triomphant d’un parcours d’obstacle et que vous vous retrouvez patron d’une société cotée dont vous estimez avoir très correctement assuré le développement, comment pourriez-vous accepter que votre rémunération ne soit pas le reflet de cette performance et ne vous rétablisse pas dans le classement que vous estimez être le votre, parmi vos pairs. On en voit aujourd’hui bien les effets désastreux, dont très clairement l’Etat se trouve être à l’origine, par sa volonté permanente d’intervenir, de réguler, de contrôler et de créer par la force des choses, des effets strictement contraires aux objectifs louables qui étaient recherchés.
A lire sur ces sujets : 4 millions d' €, le prix de ma liberté par Pierre Bilger (ancien Président d' Alstom)
Lorsque je pense à votre description d'un "grand patron" français ayant "très correctement assuré le développement" (de la société dont il a la charge), aucun nom ne me vient à l'esprit si je ne remonte pas au moins vingt ans en arrière.
Est ce normal ?
PS: je ne parle évidemment pas de rachats et autres fusions, mais de vrai Développement.
Rédigé par : Eleven | 18 mars 2010 à 15:26
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Rédigé par : tryk | 13 mai 2011 à 19:50