Quelques questions pour mieux comprendre la question des rémunérations de dirigeants de grandes sociétés
- Faut-il plafonner les rémunérations scandaleusement élevées de quelques grands dirigeants ?
- Un PDG du CAC 40 qui est rémunéré 1,5 m€ et dirige une société employant 50000 personnes, gagne en effet 100 * le SMIC. Produit-il plus que 100 Smicards réunis ? Difficile à dire, mais probablement oui, hélas. Un productif industriel moyen génère entre 150 et 200000€ de CA par an, la marge opérationnelle de l’entreprise étant comprise en général entre 2 et 5% soit 6000€ par tête. Il est évident qu’ un Président adroit peut par son action personnelle rapporter bien plus que 600000€. Il peut par ses erreurs, coûter beaucoup plus encore. L’ écart entre les rémunérations n’est donc pas un bon indice à prendre en compte du point de vue de la proportionnalité des apports de chacun à la richesse commune.
- Il est par contre intéressant de rapporter le coût du PDG par rapport au nombre de ses employés. Un PDG de PME qui emploie 30 personnes et se verse une rémunération raisonnable de 100000€/an pèse de par sa rémunération personnelle pour environ 3000€ par employé. C'est assez considérable : 2 mois de SMIC par collaborateur, mais ce n’est certes pas injuste. Par contre le PDG du CAC 40 qui obtient 1,5 M€ par an et emploie 50000 personnes ne pèse que de 30€ par personne. Limiter sa rémunération à par exemple 500000€ ne « rapporterait » que 20€ par an à chacun de ses collaborateurs. C’est donc parfaitement inutile
- Mais faut-il le faire néanmoins pour des questions de paix sociales ou de moralité ? Ce serait oublier que les hauts revenus sont fortement taxés et que c’est à l’impôt qu’il revient la fonction de rééquilibrer les revenus des citoyens libres et égaux en droit. Ce serait oublier aussi, que les hauts revenus sont consommateurs de richesses qui elles-mêmes sont produites et génèrent des revenus
- Mais le candidat retenu, s’il est bien payé devrait être content et ne pas demander en plus toutes sortes de parachutes, primes et suppléments. Certes mais ce n’est pas si simple. Vous avez 55 ans, vous êtes confortablement installé dans une entreprise où vous avez fait carrière et on vous propose « le big job » dans une autre société. Formidable, mais c’est un saut dans l’ inconnu. Votre qualité de mandataire social vous rend révocable « ad nutum » et sans protection sociale. En général, un changement de PDG est provoqué par une situation économique difficile, des changements d’actionnaires, une nouvelle ligne stratégique à définir. Bref de nombreux risques à prendre, avec aucun droit à l’erreur ou presque. Bien évidemment et avant de lâcher la proie pour l’ombre, vous vous entourez de garanties. Sinon, mieux vaut ne pas bouger. En intervenant dans ces questions, le gouvernement risque de profondément modifier les fragiles équilibres et la compétition entre les sociétés. Car bien entendu, ces histoires de parachutes ne s’appliquent pas qu’ aux PDG, mais bien à l’ensemble des cadres supérieurs de toutes les sociétés du monde ou presque, dès lors qu’il y a changement…
- Alors il ne faudrait rien changer ? Difficile à dire. Le PDG d’une société est le représentant de ses actionnaires. Il ne devrait avoir de comptes à rendre qu’ à eux, si par ailleurs tous les actionnaires ont bien le pouvoir d’en connaître et de voter ou non rémunérations et packages financiers des dirigeants. Après tout c’est bien mon problème si je préfère recruter un imbécile mal payé plutôt qu’une star hyper-chère. Tout à fait comme au foot. Mais il ya l’ acceptabilité sociale de tout cela. Elle passe idéalement par un effort d’informations, mais ne rêvons pas quand on voit les tombereaux de démagogie déversés par les politiques et les medias. Et aussi par la sanction des comportements les plus abusifs. S’ attribuer des Stock-options sur la base d’un cours historiquement bas, c’est acquérir à bon compte des plus-values faciles et injustifiées. A la décharge de ceux qui ont cédé à ces pratiques, convenons que leurs anciens programmes de SO se sont tous envolé en fumée et qu’il ne s’est trouvé personne dans la presse pour plaindre les PDG qui ont perdu depuis l’an dernier sans que cela soit toujours de leur faute des années d’effort et des Millions d’ € du fait même de la chute des cours de leur action
Vous oubliez un "détail" dans votre démonstration:
- Le patron qui a 30 employés est seul a ce niveau de rémunération.
- Dans un groupe de 50 000 employés il y a quelques dizaines de personnes ayant des rémunérations sensiblement égales à celle du PDG.
Autre limite du raisonnement:
- Le patron est détenteur d'un savoir faire (technique et/ou commercial).
- Le PDG n'a aucun savoir faire spécifique et est tout aussi interchangeable que n'importe quel ministre. Sa survie repose entièrement sur l'investissement de ses équipes. Il est l'alter ego moderne des badernes ventripotentes de la grande guerre.
Rédigé par : Eleven | 17 mars 2010 à 10:30