Curieux paradoxe. C'est un des pays devenu le plus autophobe au monde qui a inventé avec l'automobile, l'idée même de course sur roues. Sur route ouverte d' abord, comme les tombeaux eux-mêmes ouverts par des pilotes et mécaniciens intrépides qui payèrent de leurs vies, les ruades de leurs indomptables machines. Puis sur circuit fermé dès 1906, date du premier Grand Prix de l' ACF qui eut lieu au Mans.
Le 101 ème sera donc peut-être le dernier. Mais l'enterrement avait commencé dès 1986, date à laquelle il fut décidé par le Président Mitterrand de racheter à une famille amie, les Bernigaud, un petit circuit provincial privé déjà enterré près de Nevers, ville elle-même engloutie, dans des conditions sur lesquelles les pires spéculations et commentaires ont couru. Mais comme je suis de ceux qui pensent qu'il convient d'éviter de ressortir les vieux dossiers nauséabonds que traîne Jacques Chirac, je ne ressortirai pas non plus ceux de son prédécesseur. Enfin, à peine, à peine, histoire de rappeler tout le monde au calme.
Donc il fut construit dans cet endroit improbable et désertique, sous la houlette d'un Préfet fidèle installé là pour visser le couvercle de la cocotte et gérer les fonds publics (..), je veux parler de Jean Glavany, un magnifique circuit de Formule 1 dont le tracé fut très rapidement considéré par les pilotes avec, disons, circonspection. Car Magny, circuit technique pas ininteressant derrière un volant, est un circuit où les dépassements étant particulièrement difficiles, les courses sont parmi les plus ennuyeuses du Championnat. Sauf casse, c'est la pole qui gagne. On y ajoutera une double tribune des stands où les spectateurs sont comme à Roland Garros, à part qu'il n'y a pas de joueurs, que la balle va toujours dans le même sens et qu'elle fait beaucoup plus de bruit. Rien à voir, y compris pour les VIP qui sont amenés du fait de l'absence d'infrastructures routières dignes de ce nom, avec une noria d' hélicoptères qui laissent la badaud baba. Le badaud baba, lui, se paye en général deux heures de queue pour entrer ou sortir du circuit. Quant au VIP héliporté jusqu' à l'aérodrome de Nevers, il y passe ensuite environ deux heures, avant que la queue des Jets privés des pilotes, sponsors et teams managers ait été autorisée à évacuer les lieux. Marrant d'ailleurs, d'attendre assis à l'ombre d'une aile bienveillante, en mâchonnant un brin d'herbe en compagnie d' une floppée de "rich and famous". Enfin, marrant. Comme marre au bout d'un moment.
Donc Uncle Bernie, qui avait tenté de décourager ces damned French et leur Grand Prix rural, en faisant grimper au ciel les droits d'organisation qu'une affluence parmi les plus faibles de la saison, ne parvient jamais à couvrir, a décidé cette année d'arrêter les frais. Les stades automobiles neufs construits en Asie et dans les pays du Golfe, lui donnent aujourd'hui le choix et ont rendu totalement obsolètes nos pauvres infrastructures, pour un sport devenu essentiellement télévisuel. Il a donc raison, le bougre. Nous ne méritons plus notre Grand Prix. Ce sera donc le dernier. Mouchoirs, merci.
Et demain ? En 2008, rien, nada, nothing, niente. Sauf que si la FFSA ne nous sort pas du chapeau un projet crédible, ce sera fini pour toujours. A juste titre d'ailleurs, puisque l'automobile chez nous, c'est juste une réservoir fiscal inépuisable et de la daube pour gros beaufs, c'est bien connu. Et puis quel projet ? Versailles, c'est risible. Mettez 20 F1 en route en même temps Avenue de Paris et le Château n'aura plus de vitres à ses fenêtres ou de glaces dans sa galerie. Quant aux conditions d'accès, bref...Disney ? Bonne idée, pour faire de Paris une capitale de Mickey.
Reste Paris City. Un beau rêve sans doute que de voir un paquet de F1 attaquer de front le freinage de la Concorde, avant de s'engouffrer sur les quais, sur un parcours que le Tour de France nous a fait bien connaître. Mais il y a mon copain Baupin et tous les bobos dont j'entends déjà les cris outragés, qui n'hésiteront pas à faire obstacle de leurs corps et de leurs vélos à cette insupportable invasion. Dans le camp d'en face, nous comptons désormais cependant pour cette cause perdue d'avance, un allié inespéré, un autre adepte inconditionnel des "fast toys for big boys", notre Premier Ministre lui-même. Je ne serais pas surpris que cette histoire se termine là où elle a commencé: au Mans, Sarthe. Et ce serait probablement tant mieux.
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