15 septembre 2001, sur le Lausitzring. Alessandro est en tête de la manche allemande du Championnat Cart, une des deux "séries" majeures de monoplaces US avec l' Indycar. Zanardi en a bavé depuis toujours. Des débuts chaotiques en F1 dans des écuries sans lendemain, des performances en dents de scie et une spécialité, la grosse sortie avec destruction complète de la machine. Et parfois de ses jambes aussi d'ailleurs, qu'il brise en morceaux contre le mur tout en haut du raidillon de Spa au GP de Belgique de 1994. Celui qui s'attaque à fond sans trop savoir comment on en sort. On l'appelle l' Eau Rouge. Comme si elle était mêlée au sang des plus braves. Avec la fin de Lotus en 94, Alex reste sur sa faim. Et la F1 aussi d'ailleurs, où il n'a guère brillé. Il décide donc de s'exiler aux US et remporte coup sur coup les championnats CART 97 et 98 avec le Chip Ganassi Racing. Et il devient une star aux USA, lui le besogneux. Mais la F1 est là qui le guette et l'attire encore. Il signe en 99 avec Williams mais ne parvient pas à convaincre. C'est le flop, l'année pour rien, la honte de se voir remercié en fin de saison. Viré comme un nul.
Alors, lorsque son ingénieur Morris Nunn l'appelle après une saison complète d'inactivité, pour reprendre un volant en Cart en 2001,il signe avec joie, la rage au ventre. Début de saison très difficile avec cette nouvelle équipe et un nouveau chassis. Avec la fin de saison qui approche le Mo Nunn Racing semble enfin avoir trouvé les bons réglages de sa Honda Reynard. Il est en tête sur l'ovale du Lausitzring au moment de ravitailler. Il sort très fort de la pit- lane. C'est vraiment pas le moment de traîner. Il reste 13 tours et il se sent fort, en pleine maîtrise de son talent. Et là, l'auto part brusquement en sucette. Pneus trop froids sans doute. Alex Tagliani, le Canadien, lui est dans un tour lancé. Il aborde le virage relevé à 320 km/h juste au moment ou la Honda Reinhard d' Alessandro lui coupe la route, en perdition. "Tag" est relevé à peu près indemne mais pour Zanardi, la punition est terrible. Il faudra l' amputer des deux jambes.
Sans doute en eut-il fallu bien plus encore pour tuer la passion qu' Alessandro est parvenu à maintenir intacte durant ces longues semaines de rééducation, où il a appris a vivre avec ses prothèses. Surtout celle de droite. Et puis conduire et conduire vite...En 2003, le voici de retour dans un baquet de course, au plus haut niveau. Engagé par BMW dans le Championnat ETCC (European Touring Championship), il signe en 2005 la première victoire dans une course de Championnat du monde, d'un pilote amputé des deux jambes. Mais il lui restait deux projets importants. Finir sa course de 2001, ces 13 derniers tours qui lui manquaient. Ce qui fut fait et relaté dans son autobiographie " My sweetest victory".
Et reprendre le volant d'une F1. Boucler la boucle, effacer l' inacceptable pour oublier une fois pour toutes ses pauvres jambes et montrer à tous qu'il était encore là, lui, Alex, à 46 ans. Toujours capable de boucler un tour sur une BMW Sauber spécialement aménagée, accélérateur à main droite et frein au bout de la prothèse de jambe droite, accrochée avec du velcro à la pédale. A Valence dimanche dernier, il a signé un 1'19"7 à peine plus lent de moins d'une seconde que ce gamin de Vettel, 19 ans, un "très-vite" déjà acclamé comme le futur Schumacher. Respect et merci Alessandro. "Piloti che gente !" nous avait dit "il vecchio", Enzo Ferrari..
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